Trucs et astuces n°8 : tester le niveau de bien-être de son chien

Mon chien est-il bien dans ses pattes ? C’est une question que beaucoup de maîtres se posent sans pour autant savoir réellement y répondre. Voici donc quelques pistes à étudier sur votre chien :

D’après le Farm Animal Welfare Council, le bien-être du chien se caractérise par 5 piliers :

– Absence de faim / soif (besoin physiologique)

– Confort, abris, sécurité (besoin environnemental)

– Bon état de santé (aspect sanitaire : absence de maladie ou de blessures)

– Comportements normaux

– Absence de peur et d’anxiété (animal psychologiquement stable évoluant dans un milieu favorable)

Pour les 3 premiers points, le rôle du maître reste facile car ils sont à la portée de toute personne un minimum consciente des besoins d’un être vivant. A contrario, les 4ème et 5ème points sont plus facilement sujets à des déviances… Car ils ne dépendent pas QUE du maître, mais aussi du passé du chien, de la génétique, de l’éducation, du travail de l’éleveur, des éventuels soucis durant la gestation et après la mise bas… Et ce sont sur ces 2 derniers points que le travail de l’éducateur canin comportementaliste peut s’avérer fondamental et indispensable.

En partant du principe que les 3 premiers points sont assouvis, il nous reste à définir si le chien se sent bien dans son environnement :

1) Le stress

On peut facilement reconnaître un état de stress ponctuel (augmentation du rythme cardiaque, de la température, cherche à fuir ou au contraire à attaquer, signaux de communication clairs (léchage des babines, bâillements…)) et agir en conséquence pour le diminuer, mais qu’en est-il du stress continu dû à un environnement mal adapté ? On retrouve très souvent chez les animaux sauvages retenus en captivité des stéréotypies (comportements inlassablement reproduits sans fonction évidente) qui sont une réponse de l’organisme à une tentative d’adaptation au nouvel environnement. Il suffit donc parfois d’observer son chien et de mettre le doigt sur des stéréotypies ou autres troubles comportementaux (léchage intensif, aboiements récurrents, très peu de temps de repos ou au contraire trop de temps passé sans bouger, tourner après sa queue etc…). Si votre chien ne présente aucun trouble de ce genre, c’est alors déjà une bonne nouvelle !

2) L’enrichissement de l’environnement

Même si vous offrez des balades quotidiennes à votre chien, des moments de jeux et de câlins, il ne faut pas oublier qu’il vit en captivité à vos côtés. Donc afin de garder cet état de stress au plus bas, il est recommandé d’enrichir son lieu de vie (son chenil, le jardin ou l’intérieur de la maison). Le but de l’enrichissement est d’augmenter la diversité de ses comportements (quels qu’ils soient), réduire la fréquence des éventuels comportements anormaux, augmenter les interactions avec son environnement et proposer de petits défis à surmonter de façon adaptée et normale. Cela peut se faire grâce à des objets à ronger (bois de cerf, sabots de veau, os charnus…), des friandises cachées dans des jouets (type Kong), un panier confortable où s’installer, etc.

3) Les comportements sociaux

Le chien étant un animal foncièrement sociable, il est important de lui offrir la possibilité d’assouvir ce besoin de socialisation. Proposez-lui régulièrement une balade avec ses congénères, un moment au parc ou un après-midi au club canin où il pourra jouer et communiquer avec d’autres individus de son espèce. Ces interactions doivent être faites dans de bonnes conditions pour lui assurer une socialisation optimale. En cas de troubles du comportement lors des interactions sociales, n’hésitez pas à vous rapprocher d’un éducateur canin qui vous aidera à le guider vers la réussite.

4) La bonne utilisation de ses 5 sens

Chez le chien, le sens le plus important est l’odorat. Il est capable de reconnaître des centaines d’odeurs différentes grâce à ses millions de capteurs dans la truffe. Quand nous reconnaissons la bonne odeur d’une sauce bolognaise, votre chien saura différencier l’odeur de la sauce tomate, de la viande hachée, de l’huile d’olive, du romarin, du thym, etc. Il voit d’abord avec son nez. Un chien bien dans ses pattes saura donc correctement utiliser son nez pour découvrir son environnement (et pas uniquement suivre la main de son maître pour savoir où aller, par exemple). En ce qui concerne la vue, elle est très bonne mais surtout sur les objets en mouvement. Il n’est pas rare de voir des chiens devenir anxieux à la tombée de la nuit car, avec la baisse de la luminosité, ils voient les formes bouger au loin sans réussir à les reconnaître ou à les identifier correctement. L’ouïe est également remarquable (vous avez déjà remarqué que votre chien entend bien avant vous l’arrivée du facteur, pas vrai ?). Il peut reconnaître et différencier des centaines de sons (c’est ainsi qu’il sait lorsque son maître rentre du travail ou si c’est juste une voiture de plus qui passe dans la rue). Ils sont beaucoup plus sensibles aux sons aigus qu’aux sons graves (d’où le conseil donné à de nombreux maîtres d’appeler son chien avec une voix aiguë pour attirer son attention et lui donner envie de revenir). Les sons graves étant moins audibles pour eux, il arrive parfois que certains chiens prennent peur en entendant le tonnerre gronder dans le ciel ou les bruits des travaux extérieurs (non seulement ils n’en ont pas l’habitude mais en plus ils les entendent mal). En ce qui concerne le goût et le toucher, ce sont les deux sens les moins utilisés car moins indispensables à leur survie. Cependant, ils peuvent tout de même être travaillés grâce à des exercices de proprioception (par exemple, apprendre au chien à mettre ses pattes sur des objets de textures différentes) et grâce à une diversification alimentaire importante (friandises variées, croquettes appétentes etc). Un environnement serein est donc un endroit où votre chien a la possibilité de sentir régulièrement de nouvelles odeurs afin d’avoir le plus souvent possible recours à son odorat. Il lui faut également un endroit visuellement reposant, sans mouvements dans tous les sens qui l’empêcheront de reposer ses yeux (dans une maison avec jeunes enfants par exemple, il est recommandé de placer le panier du chien dans un endroit peu fréquenté afin de lui laisser l’opportunité de se reposer sans avoir le réflexe de surveiller les moindres mouvements). Idem pour les différents bruits : il est bon de les habituer à entendre toutes sortes de bruits aigus et sourds, et de leur offrir la possibilité de se reposer dans un lieu calme qui ne stimulera pas sans cesse ses oreilles.

5) L’activité physique suffisante

Les chiens sont des animaux sportifs, à nous de les accompagner dans l’assouvissement de ce besoin physique. Inutile de courir deux heures par jour (sauf si vous avez un husky), mais une bonne balade deux à trois fois par jour + grande sortie le weekend suffiront à le fatiguer suffisamment pour qu’il ait besoin de se reposer (et pas juste envie de dormir par ennui). Certaines races demandent une bien plus grande activité, à vous de juger si vous serez prêts à y recourir avant l’adoption. Attention : le jardin est vraiment pratique pour ne pas sortir sous la pluie, mais il ne dispense pas des balades quotidiennes qui ne servent pas uniquement à faire ses besoins, mais à travailler ses muscles (outre sa socialisation et 1000 autres paramètres indispensables à son bon développement) Attention n°2 : un chiot doit avoir des balades minuscules au début, qui augmentent progressivement avec l’âge. N’essayez pas de fatiguer votre chiot avec de longues balades car 1) vous risquez de provoquer des lésions sévères au niveau de ses articulations 2) vous risquez de l’habituer à une activité physique intense qui ne fera qu’augmenter avec le temps, et que vous ne parviendrez plus à lui offrir une fois adulte. Imaginez le coup psychologique sur un athlète de haut niveau qui doit diminuer drastiquement le sport : plus vous en proposerez, plus il deviendra endurant, plus il en aura besoin. Le secret, comme pour tout, restera toujours le juste équilibre, sans tomber dans l’excès. Pour en savoir plus sur les bonnes balades, référez-vous à l’article dédié à ce thème “trucs et astuces n°9”

6) L’activité psychologique suffisante

L’activité physique ne suffit pas à avoir un chien bien dans ses pattes, il a également besoin de faire travailler sa tête. Si vous trouviez cela inutile de lui apprendre « assis » « couché » « donne la patte » ou « fais le beau », sachez que ce sont ce genre de petits tours qui vont lui permettre d’avoir un intellect endurant. Les chiens habitués à apprendre sont plus réceptifs et intellectuellement épanouis que les chiens à qui on n’a jamais vraiment appris à réfléchir. Pour en savoir plus, je vous laisse faire une petite recherche sur le clicker training ou le shaping. Cette activité psychologique se travaille au quotidien : lors des balades enrichies (voir l’article précédemment cité), à la maison (l’apprentissage du panier, le refus d’appât, apprendre à aboyer ou à se taire…) et même en extérieur (la marche au pied pour un passage dans la foule sans encombres, le « reste » pour prendre une jolie photo, monter dans la voiture et en descendre sur ordre…)

7) L’exploration de son environnement

Le chien bien dans ses pattes développe un comportement exploratoire normal : il ne reste pas couché à attendre que le temps passe (sauf quand il s’ennuie dans son jardin). De même, afin de lui offrir l’opportunité de développer ce comportement, ne l’obligez pas à marcher au pied tout au long de la balade, ou à marcher en laisse courte sans avoir le droit de s’arrêter renifler les poteaux, les bordures de chemin etc. Sans excès, vous pouvez lui autoriser à s’éloigner de vous pour découvrir les milliers d’odeurs qui se cachent dans la forêt, creuser des trous et débusquer de petits lézards cachés sous une pierre…

8) Les vocalises

Un chien aboie, certes, mais n’avez-vous jamais remarqué les variations dans sa voix selon les situations ? Votre chien s’exprime avec des aboiements plus ou moins longs, plus ou moins aigus, plus ou moins réguliers… Si votre chien aboie pour tout et n’importe quoi, alors c’est un souci comportemental (stress, ennui, anxiété…), mais s’il aboie deux ou trois fois pour vous prévenir de l’arrivée d’un intrus, il fait juste son travail de chien, alors ne l’en empêchez pas. Ecoutez-le, apprenez à comprendre chaque type de vocalise et vous verrez que votre chien vous parle. Un chien qui n’émet jamais aucune vocalise est souvent un chien trop oppressé, à qui on a interdit de s’exprimer (vous connaissez les colliers anti aboiements ?). Comprenez que, psychologiquement, on est loin de l’épanouissement total s’il a peur de s’exprimer. Attention en adoptant votre chien : certaines races sont plus sujettes aux aboiements que d’autres…

Si vous estimez que votre chien est parfait dans tous ces points, alors félicitations, vous avez un chien au top de sa forme et de son épanouissement. Si certains points ne sont pas assouvis, n’ayez aucune culpabilité : chaque individu est différent et tout le monde n’a pas le temps, l’envie ou les capacités physiques d’offrir tous ces points à 100%, tout le temps. Et pour autant, il n’en est pas moins heureux dans sa vie de chien ! Par ailleurs, il y a certains paramètres que vous ne pourrez jamais changer car ils sont innés ou bien trop ancrés (c’est le cas si le chien a été mal socialisé depuis la naissance, s’il a subi un grave traumatisme, etc). Vous n’êtes pas responsable des aléas de la vie de votre chien, mais vous pouvez l’aider à y faire face. Par contre, si vous vous rendez compte que votre chien présente trop de troubles liés à son environnement, ne culpabilisez pas : n’hésitez pas à nous contacter, et nous mettrons en place de quoi améliorer son mode de vie et apaiser ses mauvais comportements.