Trucs et astuces n°12 : les 3 piliers de l’apprentissage

On vous parle souvent d’éducation positive, de récompense, d’étapes à suivre pour apprendre tel ou tel exercice, etc. Tout est vrai, mais pas dans n’importe quel sens ou n’importe comment : voici 3 règles primordiales à avoir en tête pour l’élaboration de n’importe quel exercice (allant de descendre du canapé à rapporter la balle ou même aux exercices d’obéissance des plus hauts niveaux)

  • Loi de l association temporelle :

Le chien apprend de manière positive en associant une action avec la récompense apportée par le maître au moment opportun : la récompense doit arriver de manière instantanée, au moment exact où le comportement demandé a été réalisé (de l’ordre d’ ½ seconde, et non 10 secondes plus tard)

Par exemple : pour l’apprentissage du « monte dans le coffre de la voiture », on va attirer le chien à l’endroit voulu et au moment même où le chien saute, on récompense directement avec la vocalise choisie (ouiiii / c’est bien / bravooo) puis on apporte la récompense concrète (jeu, friandise, caresse). On n’attend pas que le chien se soit mis assis ou couché pour le récompenser, car dans ce cas, il n’aura pas été récompensé d’être monté dans la voiture, mais de s’y être assis. Si vous souhaitez qu’il prenne l’habitude de s’asseoir dans le coffre quand vous lui demandez d’y monter, à ce moment là vous devez récompenser deux fois : « monte » + récompense puis « assis » + récompense. Ceci vaut pour la période d’apprentissage, lorsque l’exercice est acquis, vous pouvez retirer progressivement la récompense pour qu’elle ne devienne plus qu’aléatoire.

  • Loi de la répétition :

Le chien apprend par répétition : effectuer 1 seule fois un commandement ne suffit pas à son acquisition parfaite. On dit souvent qu’il faut que le chien soit capable de restituer 3 fois de suite parfaitement un commandement avant de cesser la session d entrainement pour être sûr que le chien a bien compris l exercice. Attention cependant à ne pas abuser : sur les périodes d’apprentissages (surtout chez le chiot), évitez de répéter l’exercice 50 fois de suite au risque de lasser le chien qui ne prendra plus aucun plaisir à travailler avec son maître. Pour apprendre à aller au panier par exemple, cela se fait sur plusieurs jours à hauteur de deux ou trois sessions de 5 ou 10 répétitions par jour. L’idéal étant d’arrêter l’exercice avant que votre chien en ait marre. Si vous devez l’arrêter au bout de la 3ème répétition, alors n’hésitez pas, il en va du bien-être de votre chien.

Cette loi fonctionne en corrélation avec la précédente, c’est un binôme indissociable : chaque répétition donne droit à une récompense (vocale ou physique) à l’instant même de sa bonne réalisation

  • Loi de l’extinction :

La réponse du chien à un commandement disparaît dès lors que l’on cesse de renforcer ce comportement (selon l’exercice, l’extinction peut prendre plus ou moins de temps). Prenons l’exemple de Millésime, à qui j’ai appris à marcher au pied à droite depuis ses 2 mois. Manque de bol, je décide à ses 2 ans de faire de l’obéissance où la marche au pied se fait obligatoirement à gauche : j’ai donc cessé de récompenser à droite pour dorénavant ne récompenser qu’à gauche ; en seulement quelques semaines il a totalement oublié de marcher à droite et a aujourd’hui assimilé l’exercice du bon côté. Cela fonctionne également sur l’extinction d’un comportement indésirable arrivé « par hasard » : votre chien a pris l’habitude de quémander à table (avouez-le, vous lui donniez toujours un petit morceau de fromage). Si du jour au lendemain, vous arrêtez complètement de renforcer ce comportement (donc que vous l’ignorez totalement), le comportement va s’éteindre de lui-même avec le temps car votre chien n’y trouvera plus aucun intérêt.

C’est également vrai vis-à-vis de l’intensité de restitution du commandement. Dès que l’on observe une baisse de motivation sur un exercice, il faut rehausser le mode de récompense…

Exemple : le rappel… Un rappel récompensé au jeu est très fiable et très intense. Une fois l’exercice suffisamment acquis, beaucoup de maîtres délaissent le jeu pour ne récompenser qu’à la caresse ou à la voix. C’est à ce moment qu’on observe une baisse de rapidité dans l’exécution du commandement : le chien a perdu sa motivation à revenir, le comportement s’éteint petit à petit. Ramener une récompense plus attractive de manière aléatoire est donc une nécessité, pas systématiquement, mais une fois sur 3, puis une fois sur 10, puis une fois sur 5, etc. La motivation sera toujours là puisque votre chien saura qu’il risque ce coup ci d’avoir sa super récompense. Et si cette fois n’est pas la bonne, c’est surement celle d’après (ça vous parle l’addiction aux machines à sous au casino ?)

Bon à savoir :

Dans l’apprentissage, c’est vous qui rendez fun un exercice.

Une marche au pied doit être faite avec le même entrain positif qu’un « pan t’es mort » ou un « va chercher la balle »

Confucius a dit « Choisis un travail que tu aimes, et tu n’auras pas à travailler un seul jour de ta vie » et cela vaut aussi avec les chiens : si votre compagnon est heureux de travailler avec vous, il sera heureux d’exécuter vos commandements car il n’aura pas l’impression de travailler, mais de jouer avec vous.

Si vous devez hausser le ton pour qu’il réalise un exercice, il obéira sûrement, mais avec moins de plaisir donc l’intensité en sera diminuée et votre exercice moins beau (tout comme l’image de la relation que vous entretiendrez avec lui).

IMPORTANT : Prenez en compte les émotions de votre chien quand vous lui demandez un exercice. S’il est stressé par la foule autour de lui, s’il y a des femelles en chaleur autour, s’il vient tout juste de commencer la balade, si cela fait une semaine qu’il n’est pas vraiment sorti à cause du mauvais temps, s’il y a trop de distractions autour… Tous ces exemples réels modifient les émotions du chien (anxiété, excitation sexuelle, excitation psychologique…) et donc son comportement. Si vous voulez travailler un exercice qui demande pas mal de concentration, alors attendez peut-être d’avoir passé cette phase d’émotion intense pour le faire, au risque de devoir vous disputer avec lui car il n’écoutera rien, et donc de mettre votre exercice en échec. Je ne dis pas pour autant de ne plus du tout le travailler dans ces moments là, mais vous pouvez travailler différemment, sur des exercices plus simples et beaucoup plus courts. La récompense qui en découle devra être à la hauteur de l’effort fourni. Il reste sans bouger pendant 10 secondes au milieu de la foule alors qu’il est anxieux ? C’est déjà très bien, même si dans le jardin il est capable de tenir 2 minutes, l’environnement n’est pas le même et son état émotionnel non plus : la récompense doit être super agréable car l’effort fourni était élevé. Idem, si vous voulez travailler des exercices qui demandent une grande vivacité, ne le faites pas après une balade de deux heures au mois de juillet : votre chien ne sera plus en état de fournir cet effort psychologique et physique.