Trucs et astuces n°11 : Travailler les absences

Soyez présent pour travailler votre absence

On dirait un dicton tout droit sorti des biscuits chinois… Mais vous allez vite comprendre où je veux en venir.

Si vous faites partie des chanceux qui ont un chien super calme qui n’aboie pas et ne détruit rien lors de vos nombreuses absences, alors estimez vous vraiment heureux de ce super comportement car pour beaucoup, les absences sont un cauchemar.

Comme vous l’aurez maintenant compris, le travail de l’éducateur canin n’est pas de traiter uniquement le mauvais comportement, mais surtout et avant tout d’en déterminer la cause. Quelles sont donc les causes probables d’un chien ne supportant pas d’être seul ?

1) L’hyper attachement / l’anxiété de séparation.

Votre chien vous suit partout dans la maison, ne reste jamais dans une autre pièce que celle où vous êtes, dort auprès de vous, ne voit rien d’autre autour de lui et hurle à la mort dès qu’il ne vous voit plus : pas de doute, il est hyper attaché. C’est très mignon, c’est le grand amour, c’est une relation fusionnelle… Mais ce n’est malheureusement pas une relation psychologiquement saine. Il va falloir couper le cordon et lui apprendre à prendre son indépendance pour qu’il retrouve une stabilité émotionnelle. Attention, je ne dis pas que vous devez lui apprendre à vous ignorer et rompre définitivement ce lien qui vous unit, je dis simplement qu’il va falloir modérer cet attachement et sortir de l’excès, car comme pour toute autre situation, l’excès n’est jamais positif.

2) L’ennui / le manque d’activité

C’est là un des points essentiels de l’article publié récemment au sujet du bien être de nos chiens (trucs et astuces n°8). Parmi les nombreux points étudiés, le besoin d’activité physique et psychologique est abordé pour expliquer qu’un chien fatigué est un chien bien dans ses pattes. Afin de lui offrir une meilleure activité quotidienne, vous pouvez également vous référer à l’article traitant des balades réussies (trucs et astuces n°9) ; vous aurez là toutes les clés pour un chien épanoui physiquement et intellectuellement, qui peut dormir plusieurs heures lors de vos absences. Il ne dormira pas d’ennui, il dormira de vraie fatigue. Un chien qui s’ennuie et qui n’est pas suffisamment épuisé pour se reposer n’aura rien d’autre à faire que s’occuper à sa manière…. Déchiqueter le papier toilette, le papier peint, le canapé, aboyer, pleurer, gratter…

3) Le stress environnemental

Le manque de tolérance des absences du maîtres peut aussi être du, chez les chiens sensibles et anxieux, à un stress accru lors de leurs heures de solitude. Rappelez-vous lorsque vous étiez enfant et que vous aviez peur du noir, qu’un monstre soit caché sous le lit et que vous sursautiez au moindre bruit. Votre chien n’a pas peur qu’un monstre se cache sous son lit, mais l’idée est sensiblement comparable : à vos côtés, il sait qu’il n’est pas seul et qu’il peut se référer à vous en cas de « danger » (bruit étrange, notamment). Mais lorsque son guide n’est pas là, il est livré à lui-même pour gérer son anxiété, et tous les chiens n’en sont pas capables du premier coup.

4) Le manque d’habitude

L’acceptation de la solitude, ça se travaille et ça s’apprend. Si vous avez pris 2 semaines de vacances pour l’arrivée de votre chiot ou si vous avez passé 6 mois à la maison la plupart du temps, il se peut que votre chien ait du mal à s’acclimater au changement de rythme : il vous voyait auparavant tous les jours de nombreuses heures et se retrouve seul du jour au lendemain du matin au soir. Il a de quoi s’inquiéter de ce changement brutal, d’où l’apparition de mauvais comportements lors de vos absences.

Maintenant que vous avez pu déterminer la cause du mauvais comportement, voyons comment le corriger

1) L’hyper attachement / l’anxiété de séparation

Comme je vous le disais précédemment, il va falloir couper le cordon… mettez en place de nouveaux rituels où il a la possibilité de s’éloigner de vous sans contrainte ni inconfort : au lieu de ronger son os à côté de vous sur le canapé, apprenez-lui à le ronger dans son panier au pied du canapé par exemple. Idem lorsque vous êtes à table : au lieu de le laisser s’installer à vos pieds, demandez lui d’aller plus loin sur son tapis (toujours dans la même pièce). Ne le laissez pas aller dans toute la maison, interdisez lui certaines pièces où vous n’avez vraiment pas besoin de lui et où vous ne passez que très peu de temps (la chambre d’ami, les toilettes, la salle de bain ou la cuisine par exemple). En diminuant l’espace de vie de votre chien, vous diminuez aussi la grandeur du territoire à gérer, il sera moins stressé en ayant moins d’endroits à surveiller, et en même temps il s’habituera petit à petit à ne plus vous voir pendant quelques secondes / minutes de temps en temps. En balade, encouragez le à se détacher de vous et à aller découvrir son environnement et commencez de temps en temps à l’ignorer lorsqu’il réclame de l’attention (ou en tout cas, ne répondez pas toujours à chacune de ses sollicitations : parfois, ne lui accordez ni caresse, ni regard, ni parole pour qu’il se détache de lui-même). Je sais, ça fait mal au cœur à appliquer sur un chien hyper attaché, mais c’est pour son bien psychologique…

2) L’ennui / le manque d’activité

Afin de corriger un mauvais comportement lié à cette cause, je vous laisse vous référer aux deux articles cités précédemment : les balades réussies et le bien-être des chiens, vous y trouverez toutes les astuces pour l’occuper lors de vos absences.

3) Le stress environnemental

Si les problèmes surviennent à cause de son environnement, c’est que votre chien est déjà de nature anxieuse. Votre travail ne sera donc pas uniquement de lui apprendre la solitude, mais surtout de l’accompagner dans son quotidien pour diminuer ce stress constant. Cela vient parfois de la race, parfois de son passé (mauvaise socialisation chez l’éleveur ou depuis son arrivée à la maison, chien de refuge, chiens primitifs…) et parfois aussi de ses maîtres (les chiens sont des éponges à émotions : si vous êtes vous-même une personne excessivement anxieuse, il se peut que vous ayez transmis votre émotion à votre chien). L’anxiété environnementale se travaille sur le long terme à l’aide d’un éducateur canin : il vous accompagnera dans la compréhension des signaux de communication et dans la mise en place d’un environnement plus apaisé.

Si vous ne souhaitez pas passer par la case éducateur canin, vous pouvez déjà essayer d’enrichir son environnement pour que votre chien se sente « entouré » lors de vos absences : télé ou radio en fond sonore, jeux d’occupation, réduction de son espace de vie pour avoir moins de territoire à surveiller… Des remèdes sont aussi possibles avec les fleurs de Bach (référez vous à un professionnel pour leur parfaite élaboration) ou les diffuseurs d’hormones. Mais ils ne feront pas de miracles si les causes de l’anxiété sont toujours présentes.

4) Le manque d’habitude

Si vous avez pris deux semaines de vacances pour accueillir votre chiot, c’est une très bonne initiative qui vous permettra de lui apprendre plus facilement la propreté et de l’emmener partout pour une super socialisation. Cependant, ne lui donnez pas l’habitude de vous voir 24h/24h, pensez à l’habituer à vos départs en travaillant l’apprentissage de la solitude sur de courtes durées pour qu’il soit déjà habitué à rester seul plusieurs heures lorsque vous reprendrez le travail (cela vaut aussi si vous avez passé beaucoup de temps à la maison ces derniers mois et que vous reprenez bientôt le travail : recommencez ces exercices quotidiens quelques semaines avant la reprise pour le réhabituer à vos absences)

Quelle que soit la cause du mauvais comportement lors des absences du maître, voici quelques astuces pour bien travailler votre chien :

– Evitez les gros câlins d’amour avant votre départ : votre chien est très observateur, il n’a pas besoin de ça pour comprendre que vous partez sans lui (il a bien remarqué que vous ne mettiez pas la veste et les chaussures spéciales « ballades » ou que vous ne preniez pas son collier et sa laisse avant de partir). A trop vouloir le « rassurer » sur votre départ, vous risquez de le stresser « mince c’est pas normal cette effusion d’amour, c’est louche ! ». Votre départ doit au contraire être un moment normal et naturel de son quotidien. Vous ne lui faites pas un gros câlin avant de vous asseoir sur le canapé, avant de passer à table ou avant de répondre au téléphone ? Donc inutile de faire un gros câlin au moment de votre départ, c’est un moment aussi banal que de prendre la télécommande pour changer de chaîne.

– Dans la même idée, évitez de lui faire la fête à votre retour. C’est aussi un moment normal de son quotidien et cela va engendrer encore plus de mauvais comportements (vous sauter dessus, gratter à la porte d’impatience, pipis de joie etc). Bien sur que vous êtes tous deux heureux de vous retrouver, mais attendez que l’excitation des retrouvailles soit passée pour lui faire son câlin : il sera bien plus calme et agréable qu’au moment de passer la porte- Travaillez avec de courtes séances où vous recréez une simulation de départ : chaussures aux pieds, manteau sur le dos, vous passez la porte pour revenir aussitôt dans la maison. Récompensez votre chien s’il a été calme pendant les deux secondes où vous étiez hors de sa vue. Petit à petit, augmentez la durée de l’exercice, en revenant toujours avant que votre chien ne se mette à pleurer : le but n’étant pas de le punir d’avoir pleuré mais de le récompenser de ne pas avoir pleuré (c’est ce qu’on appelle en langage technique le renforcement positif).

– Donnez-lui des choses à faire pendant votre absence : os à ronger, Kong gelé rempli de fromage à lécher, friandises à chercher partout dans la maison, jeux d’occupation…

– Vous pouvez essayer de simuler une présence humaine en lui laissant la télé ou la radio allumées

– Quoiqu’il en soit, ne prenez pas un deuxième chien pour régler ce problème… Vous risquez d’avoir à la place des dizaines d’autres soucis quotidiens à gérer en plus de vos absences (socialisation, balades plus compliquées, interactions entre les deux, nourriture, soins vétérinaires, gestion des deux caractères différents, des problèmes que vous pourriez rencontrer avec le nouveau chien etc). Il est bien plus facile de travailler vous-même la solitude que de prendre un deuxième chien pour le faire à votre place.

– Evitez l’utilisation du collier anti aboiements qui ne fera que stresser encore plus votre chien et qui ne lui apprendra pas plus à supporter la solitude. Idem pour la cage qui, si mal introduite dans son environnement, peut créer bien d’autres troubles comportementaux et psychologiques.

– La clé de la réussite, comme pour tout ce qui touche à l’éducation de votre chien, c’est la patience : vous aurez des victoires et des échecs, mais ne baissez pas les bras et faites vous aider si vous voyez que les progrès n’arrivent pas aussi bien que vous l’espériez.