Trucs et astuces n°10 : comprendre pourquoi son chien est “dominant”

J’entends très souvent « mon chien est un dominant », « si il aboie sur les autres chiens c’est qu’il veut les dominer », « il m’a grogné dessus car il veut me dominer ». Vous pensez vous aussi que votre chien est dominant ? Je peux vous assurer à 90% que ce n’est pas le cas. Mais comment pourrais-je le savoir ? Car un vrai chien dominant, au sens propre du terme, ça ne court pas les rues ! Attendez un peu, vous allez comprendre.

Le mot dominant est aujourd’hui employé à torts et à travers pour désigner plein de mauvais comportements : uriner partout, monter sur le canapé, ne pas supporter les autres chiens, la présence humaine ou la frustration, aboyer à tout va, mimer l’acte sexuel sur son maître… Je suis désolée de vous l’annoncer mais tout cela n’a rien à voir avec la « dominance », juste avec un problème d’éducation ou de relation maître-chien (et c’est bien là tout le plaisir de mon métier : vous aider à mettre le doigt sur la source de ces comportements et les éteindre). Le concept de dominance a été apporté dans le monde canin il y a bien des années, en partant du principe que le chien est un loup apprivoisé et qu’il a donc les mêmes attributs, mais depuis, de nombreuses études ont été menées par des professionnels appelés éthologues dont le métier est d’observer et étudier le monde animalier dans son environnement naturel. Regardez si l’on étudie ces trois cas :

1) La meute de loups

Pour ce qui est du loup, les documentaires sur Arte et NatGeo Wild sont magnifiques et très bien expliqués. Je vous laisse donc vous référer aux professionnels du loup pour comprendre en détails comment fonctionnent leurs interactions, mais voici en quelques mots la notion de dominance chez les loups :

Dans la nature, ils forment des familles qu’on appelle « meutes » au sein desquelles il y a un individu, le mâle Alpha, qui gère sa troupe et se charge de vérifier que tout roule entre les autres membres. On dit alors que ce mâle est le dominant puisque les autres lui obéissent au doigt et à l’œil et ne cherchent pas de bagarre (sauf quand il est question de prendre sa place).

Quoiqu’il en soit, certaines études récentes nous montrent que le chien ne descendrait finalement pas du loup. La question ne se pose donc pas…

2) Meute de chiens en liberté

Afin de mieux connaître le langage canin, des éthologues ont observé des chiens errants en Espagne : au lieu de voir des meutes de chien « à la vie à la mort » comme chez les loups, ils se sont aperçus que, en milieu naturel, les chiens sont un peu plus solitaires et changent régulièrement de meutes et de fonction. Dans la meute A, Rex sera en charge de la nourriture mais quelques mois plus tard, après plusieurs jours d’errance, il se greffera à la meute B où il aura pour mission de protéger les bébés, etc. Ici, il n’est pas question de dominance, mais de force de caractère. Sur une meute A où Rex sera le leader, il sera juste un suppléant dans la meute B car un autre aura de meilleures compétences sur cette fonction. A contrario, si l’on prend le cas de Milou, ce petit chien qui a grandi dans la meute A et qui a préféré y rester, il y a de fortes chances qu’il ne parvienne pas aussi bien à s’adapter à une nouvelle meute que Rex. En effet, il aura une « ouverture d’esprit » ainsi qu’un langage canin beaucoup plus réduits, il saura donc moins bien gérer ses frustrations, les obstacles inattendus, les nouveautés etc. Peut-on pour autant dire qu’il est plus dominant que Rex ? Je dirais plutôt qu’il manque d’expérience et que cela le mène à avoir des comportements indésirables.

3) Meute à la maison

Revenons en maintenant à l’étude de nos chiens à nous, ceux que nous croisons quotidiennement accompagnés de leurs maîtres en balade, dans leurs jardins clos, parcs canins ou dans les rues de nos villages.

Ceux là n’ont pas choisi leur meute, ils sont arrivés chiots ou adultes dans leur nouvelle maison parfois déjà occupée par d’autres congénères avec qui ils doivent apprendre à cohabiter. Mais ce n’est pas dit qu’en version chiens errants, ils se seraient liés d’amitié : ils n’ont pas obligation de tous s’apprécier, leurs chemins se seraient donc peut-être séparés très rapidement… Or là, ils n’ont pas d’autre choix que de vivre avec cet autre chien, plus ou moins sympa, plus ou moins caractériel, plus ou moins tolérant… Lorsqu’une meute est déjà créée, on les oblige à s’y adapter, à s’y conformer coûte que coûte, à apprendre des règles qu’ils ne connaissent pas encore. Pire que ça, à l’arrivée d’un nouveau chien, il n’est pas rare de voir les interactions changer car une nouvelle harmonie doit se mettre en place (de même au fil du temps, en fonction des différentes tranches d’âge, il se peut que leurs interactions deviennent différentes, que des « meilleurs amis » finissent par s’ignorer ou que de nouvelles affinités se créent, etc).

Et si derrière, on a des maîtres qui comprennent mal le langage canin et qui, sans le vouloir, n’ont pas les bons réflexes, on se retrouve avec des chiens qui ont bien du mal à s’accepter et qui développent inévitablement de mauvais comportements. Cela fonctionne avec les chiens qui vivent à plusieurs, mais aussi avec les chiens qui vivent seul avec leurs maîtres : si les maîtres n’assouvissent pas les besoins sociaux et éducatifs de leur chien, alors on a un chien « dominant » = mal équilibré. Le maître doit aussi être là pour établir les règles de la maison (voilà pourquoi certains utilisent le mot du « maître dominant »), mais cela peut se faire sans avoir recours à la force physique ou la pression mentale, et si jamais les règles viennent à être transgressées, alors il suffit juste de refaire une mise au point.

ATTENTION : le mot dominant peut quand même être utilisé, mais pas pour n’importe quel cas. Il peut être utilisé pour désigner des chiens qui ont un très fort caractère et qui n’ont pas besoin d’aboyer à tout va pour se faire respecter : leur carrure et leur langage corporel suffisent à imposer le respect des autres, sans méchanceté aucune. Et regardez dans la version humaine, on en connait tous des hommes et des femmes qui ont cette prestance, cette répartie, cette carrure et à qui on n’a pas envie de chercher des poux. Ceux là n’ont pas besoin de crier pour être écoutés, et il en est de même pour certains rares chiens qui inspirent le respect canin. Voilà pourquoi je vous affirmais en début d’article qu’il y avait peu de chances que votre loulou soit vraiment un dominant : c’est une espèce rare malgré ce qu’on peut penser.

A retenir :

– Le mot dominant est devenu un mot « fourre-tout » (et déculpabilisant) qui désigne n’importe quel chien ayant en réalité un souci comportemental

– Le vrai chien dominant n’a en fait aucun souci, il a juste un fort caractère et une prestance qui force le respect sans avoir à se battre.

– Les chiens (bien équilibrés) sont des animaux foncièrement pacifistes : s’ils peuvent éviter une bagarre, alors ils préféreront user de toutes les techniques possibles pour l’éviter.

– La plupart des mauvais comportements surviennent avec le temps à cause de mauvais comportements involontaires du maître. Lorsque le maître s’intéresse à la psychologie canine et adopte les bons gestes, les mauvais comportements disparaissent.

– A contrario, un chien qui se couche pour jouer n’est pas un dominé, c’est soit un moyen de communication pacifiste qui engendre un moment de jeu sans tension, soit un moyen de communication qui indique au chien d’en face une peur ou « je veux bien jouer mais suis mal à l’aise, alors vas y doucement ». Ainsi, un chien « soumis » est peut être juste très anxieux ou très sensible. Il peut aussi simplement être un chien souple de caractère qui accepte facilement et de façon très pacifiste toutes les nouvelles situations.

– Tout comme chez nous, il y a des personnes qui ont de bonnes compétences pour guider et d’autres qui sont plus douées dans la réalisation des tâches. Peut-on pour autant dire que nous sommes divisés en deux catégories : dominants et dominés ? Cela semble plutôt réducteur.

– N’essayez pas de dominer votre chien… Vous ne le pourrez jamais, vous ne parlez pas chien puisque vous êtes un humain… Oui, il doit vous respecter. Oui, il doit respecter les règles. Et cela s’appelle simplement l’éducation. Oubliez ces idées de hiérarchie, de manger avant votre chien, de passer la porte avant lui, de le regarder droit dans les yeux, de le soumettre sur le dos etc… Une éducation équilibrée lui permettra de connaître ses droits et ses devoirs de chien, tout en le laissant quand même à sa place de chien. N’hésitez pas à nous contacter pour obtenir de l’aide dans la mise en place d’un environnement équilibré pour une éducation équilibrée, pour un chien équilibré.