Trucs et astuces n°7 : les mauvais jeux

Pour ceux qui nous suivent ou qui ont déjà eu l’occasion de nous voir lors d’une séance, vous savez à quel point le jeu est un élément primordial dans notre façon de gérer l’éducation d’un chien. Que ce soit pour la création d’un lien plus fort avec le maître, la confiance en soi, le détournement d’attention, la fatigue mentale et physique, la récompense ou le perfectionnement d’un exercice, le jeu peut être décliné sous de nombreuses formes.

Cependant, pour qu’il soit pleinement utile, le jeu doit être réfléchi et maîtrisé, sans quoi vous risquez de vous retrouver avec un chien hyper excité / ingérable / démotivé / lassé / indifférent…

La première des erreurs est, comme la friandise, d’offrir le jeu gratuitement : le jeu doit être un minimum intellectualisé pour être utile. Par exemple, vous pouvez demander à votre chien un « assis » ( ou tout autre tour) avant de jeter la balle. Ce n’est pas là une question de « domination du chien » comme on le voit trop souvent, mais plutôt l’apprentissage de la patience et du mérite : je veux bien jouer avec toi, mais ce n’est pas gratuit. Vous aurez un chien heureux de jouer mais qui devra apprendre à contrôler son excitation afin de réfléchir correctement et réaliser proprement les tours que vous lui demandez.

En deuxième lieu, l’erreur fréquente est de laisser le chien en permanence en compagnie de ses balles, peluches et autres jouets. Dans une telle situation, le chien perd vite l’intérêt au jeu car il les a à disposition toute la journée. Imaginez, en hiver, manger un bonne raclette matin midi et soir : on finit par s’en lasser… C’est pourtant tellement bon une raclette ! Si vous voulez raviver la flamme joueuse de votre chien, alors remballez tous ses jouets dans un placard, et sortez en un lorsque vous souhaitez faire une partie de jeu avec lui. Le secret, quel que soit le jeu, est de savoir arrêter avant qu’il n’en soit fatigué ou lassé : c’est ainsi qu’on joue avec sa frustration et que l’attirance du jeu deviendra de plus en plus forte. C’est à vous de décider quand commence la partie et quand elle se termine (en moyenne, il vaut mieux sortir 3x la balle pour 10min qu’une seule fois pendant 30min). Lorsque le jeu est terminé, vous reprenez le jouet et vous le rangez (sans le laisser le mâchonner pendant une demi-heure). Si votre chien s’ennuie à la maison et que lui laisser des jouets fonctionne, alors laissez-lui des os à ronger, sabots de veau, kong gelés…

Vous avez là les toutes premières bases d’un jeu équilibré et sain, sans surexcitation avec apprentissage de la frustration. Voyons maintenant les mauvaises idées de jeu :

–          C’est l’été, il fait chaud et le tuyau d’arrosage devient d’un coup la meilleure source de rafraichissement pour parents et enfants. Et c’est si drôle de jouer ainsi avec Médor ! Oui mais non, fausse bonne idée ! Alors que précédemment, nous jouions sur la frustration contrôlée de votre chien, vous jouez là avec une frustration démesurée. En effet, l’eau est volatile pour lui, pas comme une balle qu’il peut sentir entre ses dents, mâchonner et recracher : c’est drôle 2min, puis ça devient vraiment, vraiment frustrant pour lui. Par ailleurs, lorsque vous l’entraînez à essayer d’attraper l’eau du tuyau, il saute et donne de grands coups de dents dans les airs… 1) il risque de vous faire mal sans le vouloir (il est si concentré sur l’eau jaillissant du tuyau qu’il ne se rend pas compte que votre main se trouve malencontreusement dans la trajectoire ou qu’en sautant il risque de fortement vous griffer la peau nue …) 2) sur un chien légèrement instable, ne sachant pas tout à fait gérer sa frustration ou son excitation, les dégâts peuvent être vraiment sévères 3) vous n’êtes pas à l’abri d’un « transfert d’agressivité » : puisqu’il ne peut pas attraper l’eau, il finit par se rabattre sur la première chose à disposition : un pied, un bras, le tuyau d’arrosage, la piscine gonflable à côté… Si vous voulez rafraîchir votre chien, alors installez lui une petite piscine à 10€ ou mouillez-lui simplement les pattes et le ventre, mais ne l’encouragez pas à chasser l’eau qu’il n’arrivera jamais à attraper (et cela vaut aussi pour la neige en hiver !)

–          Jouer avec des cailloux : aïe aïe aïe les dents ! C’est ainsi le meilleur moyen de les abîmer et de cumuler les visites chez le vétérinaire…

–          Jouer avec des bâtons : 1) risque d’écharde dans les gencives ou le palais (bon courage pour les lui retirer !) 2) risque de blessure très grave : le bâton roule dans le gazon, le chien l’attrape au même moment comme un cigare et dans l’élan, avec la vitesse… se retrouve avec un bâton planté au fond de la gueule

–          Le tug / la corde à nœuds / le boudin : c’est un excellent jouet qui permet bien des interactions. Attention seulement à ne pas bouger la tête du chien dans tous les sens : uniquement de gauche à droite (en douceur et sans hyper extension), mais surtout pas de haut en bas (aïe aïe aïe les cervicales !). Attention aussi aux jeunes chiots en pleine poussée dentaire : vous risquez de leur arracher les dents qui bougent et de créer une mauvaise association entre la douleur et le jouet : dommage pour un chien de travail destiné au mordant !

–          Les jeux de lancer sans encadrement : hyper excitation, des chiens qui partent comme des balles après l’objet (risque de blessures sans échauffement), des chiens qui sautent sur le maître et qui aboient sans cesse… Les jeux de lancer doivent être contrôlés. Cf début de l’article.

–          En hiver, un étang gelé, un chien qui va s’y aventurer… Jouer sur l’eau gelée n’est une bonne idée ni pour les humains, ni pour les animaux ! Grosse frayeur assurée !

–          Jouer en présence de plusieurs chiens : sauf s’ils s’entendent extrêmement bien et qu’ils ont l’habitude de ce genre de situation, je vous invite à éviter de lancer une balle en pleine balade collective… Entre le jeu et l’agressivité il n’y a qu’un pas, alors mieux vaux ne pas créer de tensions inutilement.

Ceci est bien sur une liste non exhaustive des jeux qui peuvent tourner au drame. Retenez simplement que le mot d’ordre, peu importe la situation, c’est la prudence. S’il y a un risque de blessure ou de manque de contrôle, alors mieux vaut simplement réfléchir à une autre occupation